Renforcer le Respect : L’Art de la Communication entre Parents et Adolescents

l’importance de la communication chez les adolescents.

L’adolescence est une période charnière dans notre évolution, elle représente un peu notre naissance à la vie sociale.
C’est une phase où l’adolescent s’aventure beaucoup plus à l’extérieur de sa sphère familiale.
Donc son espace et son réseau relationnel s’élargissent.

  • relations avec ses amis et la famille de ses amis
  • les réseaux sociaux et les communications numériques multiplient le nombre des interactions.
  • des relations avec une multiplicité d’enseignants, de professeurs et de personnel scolaire.
  • Les premières expériences professionnelles et sociales qui ouvrent le champ des interactions et des liens.

Ainsi, l’éventail relationnel du jeune adolescent se déploie, et il doit adapter sa communication à ces univers divers.
Comment avoir une communication respectueuse en tant qu’adolescent ?
Ce n’est pas aisé de savoir communiquer, interagir de manière fonctionnelle et adaptée dans ces milieux si différents.
À l’adolescence, nos compétences relationnelles sont souvent limitées. Nous passons d’une expression instinctive à une communication consciente. Et quelques bases sont bienvenues pour introduire le respect et l’authenticité dans nos échanges du quotidien.

Pourquoi cet article ?

Les Problématiques de la communication chez les adolescents.

Les parents et les adultes en général, se plaignent de ne pas être respectés par ces jeunes. En tant qu’adulte, on est surpris de voir que des enfants plutôt sages hier, se changent en « activistes révolutionnaires » qui nous chahutent au quotidien.
Ils expriment des besoins nouveaux, des critiques et des rejets définitifs. Ils contestent, ils exigent et veulent imposer leur point de vue.
Pour moi, toutes cette énergie, tous ces élans sont légitimes et essentiels à la construction de leur identité et de leur personnalité.
Mais il est préférable que cela se fasse dans le respect de soi et des autres.

Le respect et son rôle dans les interactions ados-parents.

Mais à l’adolescence, le jeune humain se voit submergé par des « tempêtes hormonales », qui exacerbent ses émotions.
Donc il a besoin pour s’exprimer d’avoir un cadre et des outils de communication. Pour faire passer ses idées, parler de ses besoins, de ses envies, de ses limites…
Ce cadre, je l’appel « Le Respect ». Il peut se décliner en :

  • respect du matériel et des lieux
  • respect des personnes
  • respect des règles

Plan de l’article.

Je vais donc me pencher un peu plus sur cette notion de respect, pour essayer de la décrire et de mieux la définir.
Pour ensuite voir comment ce respect peut grandement améliorer nos relations et même poser les bases d’une société plus fonctionnelle et plus apaisée.
J’aborderai la problématique spécifique de la communication numérique où il y a grand besoin de ramener du respect.
Enfin, nous verrons des exemples simples et concrets pour améliorer nos compétences en matière de communication respectueuse.

1. Le Respect : qu’est-ce que c’est ?

Pour moi, la communication et le respect, sont les valeurs essentielles pour avoir un monde en paix.
Shématiquement, je décompose le respect en trois sous-parties:

  • Le respect des choses, du matériel. Car on voit beaucoup d’adolescents exprimer leur colère en cassant et saccageant des objets matériels. Dans la rue ou chez eux lors d’un conflit extrême avec leurs parents. C’est souvent l’expression ultime d’un sentiment d’impuissance à ne pas se sentir écouté et entendu.
    Donc, pour résoudre cette situation de manière vertueuse, il faut que les adolescents apprennent à s’exprimer de façon authentique et respectueuse. Et que les adultes soient prêts à écouter et à entendre cette expression de colère.
    On peut exprimer sa colère et ne pas casser ni dégrader. Cela peut être important de crier et de faire des gestes de colère, voire de taper. Mais il y a pour moi une limite, c’est celle de ne pas dégrader le mobilier, le matériel ou l’environnement. Toute émotion est exprimable dans ce cadre-là et dans le respect.
  • Le deuxième aspect est le respect des personnes. Celui-ci est un peu plus variable, car il comporte une part de subjectivité. Chaque personne à sa propre limite au-delà de laquelle elle ne se sent plus respectée. Mais vis à vis de son adolescent en difficulté ou en crise, je conseille d’être plutôt tolérant et d’avoir des critères restrictifs pour définir l’irrespect.

En pratique, comment faire ?

Mon guide, c’est : 1/ ne pas employer des insultes. Mais là encore, la limite peut varier selon les familles, les cultures et les personnes. Une technique pour retirer les insultes, c’est: « est-ce que tu peux me répéter cette phrase de façon plus respectueuse s’il te plaît ? » »Je veux bien t’écouter, mais je veux me sentir respecté ». Cela invite l’adolescent à mettre de la conscience sur ses propos et par la même à réguler l’intensité de son émotion.
2/ La communication respectueuse, c’est aussi savoir écouter l’autre avec attention et empathie, sans l’interrompre pendant une à deux minutes. Puis de s’exprimer sans être interrompu pendant une à deux minutes. Ensuite, soit il y a une compréhension mutuelle et le ton peu baisser et il s’ensuit une discussion constructive. Soit, il n’y a pas de compréhension et la discussion doit s’arrêter, car l’ado et le parent ont exprimé leur position et ont été entendus.

  • La troisième branche de la notion de respect dans la communication, c’est le respect des règles. Et là il y a une hiérarchie à respecter. Il y a des communications, des paroles qui enfreignent la loi (racisme, homophobie …) et là, c’est une ligne rouge à ne pas franchir. Ensuite, il y a des réglementations internes selon les lieux (collèges, bibliothèque, lieux publics …). Comme crier dans un hôpital, un lieu où l’on doit respecter le bien-être des patients et du personnel. Je dirais que c’est une ligne orange. Et enfin il y a les règles de la famille et de la maison. Et là, vous êtes, maître, pour les faire respecter.

L’importance du respect dans les relations humaines:

Le respect est important pour notre interlocuteur. Il signifie pour lui « merci d’être là, témoin et récepteur de mon message » « je te considère comme mon égal, mon partenaire… »
Le respect est important pour moi-même, car il indique à l’autre « voilà comment je veux être considéré ». « je veux être respecté comme je te respecte ».
Enfin la communication et les marques de respect, sont essentielles pour construire une société vivante et en paix. Où tout le monde peut s’exprimer, être entendu et reconnu. Sans blesser ni dégrader la relation ni quoique ce soit.
Mais je sais aussi que la notion de respect est très personnelle. Elle dépend de notre culture, de nos traditions, de notre parcours personnel, de nos valeurs.
Et comme l’adolescence est une période tumultueuse avec beaucoup de stress, d’angoisses existentielles et d’émotions intenses, je conseille aux adultes d’avoir une approche très tolérante. C’est-à-dire de ne pas voir l’irrespect partout, mais de mettre une limite claire lorsque l’excès est flagrant.
Il convient vraiment de faire preuve de psychologie, pour savoir quand un geste exprime de la colère et quand il a l’intention d’humilier. J’en réfère souvent à la sagesse Toltèque qui disait « n’en faites jamais une affaire personnelle ». C’est un peu comme prendre du recul et devenir l’arbitre pour recadrer une action ou un geste d’irrespect, sans se sentir concerné, visé ou impliqué.

2. La relation entre Communication et Respect

La communication non-verbale

Comme on l’a vu, le respect est un élément essentiel de la communication. Il permet à l’autre de s’ouvrir et de se sentir en sécurité.
En pouvant m’exprimer librement et en étant écouté, je me sens vu, entendu et accueilli.
En enlevant les jeux de pouvoir et de hiérarchie, les tensions, les crispations et les défenses s’abaissent et je me sens reconnu à égalité et dans mon entièreté.
Alors, il est plus aisé de faire ressortir des consensus, des compromis et de la compréhension mutuelle.
Car ne pas me sentir respecté, va me rendre agressif et sur la défensive. Je vais me fermer, m’opposer et riposter. Car je me sens comme attaqué.
L’insulte et les paroles insultantes sont les premiers manques de respect que je constate. Quand la discussion se transforme en opposition, la parole insultante et humiliante vient facilement. Et c’est un « drapeau rouge », donc il faut recadrer rapidement et calmement la discussion.
La règle de se laisser mutuellement une à deux minutes pour s’exprimer sans être interrompu est aussi importante.
Ensuite, il y a les gestes violents. Il est bon de laisser l’émotion s’exprimer par le corps. Il faut juste veiller à ce qu’il y ait un minimum de contrôle pour ne pas agresser, intimider injustement. Et c’est surtout à l’adulte de se contrôler et à accueillir l’émotion de son enfant, tout en veillant qu’il ne dépasse pas « les limites de l’acceptable ».
Enfin, il peut y avoir des adolescents, dont l’attitude nous paraît irrespectueuse. Je conseille en général de ne pas y faire attention. De ne pas donner trop d’importance à ces postures adolescentes, car elles font souvent partie de leur cheminement. Et c’est aussi reconnaître leur part de liberté.

Le manque de respect

Je pense qu’il est facile de comprendre comment le manque de respect dans une relation, amène la violence, l’éloignement, la frustration et le repli sur soi.
Et comment le manque de communication amène des malentendus, des interprétations, des conflits et de l’isolement.
Mais, généralement, La violence physique, psychologique et verbale disparraissent avec l’apprentissage d’une communication sincère et respectueuse.
Car la parole à le pouvoir de désamorcer les véléités violentes de notre corps physique.
Et bien sûr, c’est aux adultes de donner l’exemple et d’accompagner les adolescents dans cet apprentissage.
Voici quelques repères pour appliquer ceci en famille:
En général avec les adolescents, il faut mettre un cadre plutôt large, c’est-à-dire plutôt peu de règles, mais appliquées avec fermeté et constance.
Donc, pour avoir une communication respectueuse, il faut bannir les insultes et les violences physiques et psychologiques. Et inviter l’ado à trouver un moyen d’exprimer cela d’une manière acceptable et recevable. Je pense que c’est un cadeau inestimable, que d’entraîner un adolescent à exprimer la puissance de ses émotions d’une manière civilisée et consciente. C’est-à-dire avec respect de soi et de son entourage.
En-dehors de ses « drapeaux rouges », lorsque l’on sent un dérapage ou un glissement vers l’irrespect, je conseille de juste rappeler les limites (pas d’insultes, pas de violences physiques).
On sait que l’adolescent a besoin de s’opposer et de se confronter aux adultes. Ce sont comme des points d’appui pour se construire et se renforcer.
Et ce sont à ces derniers, de veiller et de leur apprendre à ce que cela se passe dans un cadre loyal, sincère et respectueux.

3. Les défis de la Communication Respectueuse à l’ére numérique

Etat des lieu

Le World Wide Web (l’immense toile du web), aussi appelée (World Wilde Web), « Le monde sauvage du web », est un espace à l’origine avec très peu de règles, donc avec beaucoup de liberté. Et l’on constate encore qu’en termes de messagerie, le style est souvent « sauvage », instinctif, spontané et réactionnel. Parfois même incompréhensible et illisible, tant il n’existe plus aucune règle grammaticale, orthographique ou de syntaxe.
En matière de numérique, on est souvent à l’opposé d’une communication consciente et respectueuse:

  • Les messages sont courts et synthétiques.
  • Les propos sont spontanés.
  • Les interlocuteurs ne se voient pas ou ne se connaissent pas.
  • L’anonymat des conversations rajoute un sentiment d’irresponsabilité.

Et l’adolescent peut se régaler dans cette expression libre, instinctive et presque animale. Mais il en souffre aussi:

  • cyberharcèlement.
  • mésententes, quiproquos, désinformation.
  • violence verbale…
    D’où le besoin et le réel défi pour nous, adultes, de ramener de la conscience et du respect dans les relations numériques.

Quelles solutions ?

En voici quelques pistes d’amélioration:

  • prendre le temps de réfléchir, d’écrire, de relire et même de développer notre propos, pour qu’il exprime le plus justement notre point de vue.
  • Prendre également le temps de ressentir notre émotion pour, si besoin, pouvoir la traduire en mots adaptés et respectueux.
  • faire preuve de délicatesse. Car lorsque l’on ne connaît pas la personne à laquelle on répond, que l’on ne connaît pas son contexte, sa sensibilité …etc, on ne peut pas adapter notre message à cette personne et l’on n’est plus dans un échange, mais plutôt dans un monologue.
  • il faut aussi être conscient du poids de nos mots, de notre discours. Les messages, qui sont des paroles écrites, ont un impact plus fort, ils perdurent dans le temps.
    Ainsi, sur internet, pour avoir une communication respectueuse, il faut bien plus qu’éviter les insultes, les violences verbales et les propos en-dehors de la loi.
    Il y a besoin de beaucoup plus de précautions, de prévenance et de délicatesse. Pour avoir une communication respectueuse à l’ère du numérique, il faut faire preuve de recul, de conscience et de prévenance.

4. Développer des Compétences de Communication Respectueuse

Voici trois petits exercices à pratiquer en famille, pour développer nos compétences en communication respectueuse.
Par expérience, j’invite les adultes à le faire régulièrement. Et normalement par effet miroir l’adolescent va intégrer et s’approprier toutes ces techniques petit à petit.

Exercice 1 :

Le premier exercice consite à écouter son ado pendant une minute, puis de lui reformuler son discours. C’est-à-dire faire un résumé de ce que l’on a entendu.
Par exemple « Si je comprends bien tu me dis …. ». « Est-ce que c’est bien ce que tu as voulu dire ? »
Cet exercice quand il est fait naturellement et sincèrement, souligne le fait que je porte un grande attention à mon adolescent. Je lui laisse l’espace et la liberté de préciser, d’infirmer, de corriger ou de confirmer son propos. Il me permet d’éviter les fausses interprétations, les confusions et les malentendus. Cette reformulation permet également au jeune de prendre conscience et responsabilité de son discours. Et à l’adolescence, c’est parfois troublant de se voir proposer un « miroir » de nos propos. Mais c’est bénéfique, pour savoir si, « oui, c’est bien comme cela que je veux être perçu ».

Exercice 2 :

Le deuxième exercice consiste à faire un retour sur l’impact qu’à eu son discours sur nous. En anglais on dirait que c’est un « feed back ».
C’est l’occasion d’interroger nos émotions, de les partager. De faire part également de nos ressentis, à notre enfant, avant de rentrer dans des arguments plus rationnels et réfléchis.
Par exemple « Quand je t’écoute, je sens de la tristesse à savoir que … », « ou de la joie », « ou de la colère », « ou de la peur ». Ce peut être plus de l’ordre du ressenti « En écoutant tes paroles, je me sens… ». Ce retour est important pour l’adolescent, car il doit connaître l’impact de son discours, de sa posture. Ainsi que l’avis de ses parents (même s’il ne semble pas en tenir compte), pour pouvoir se positionner et ajuster sa personnalité. Il est également important d’être totalement sincère, donc de ne pas chercher à manipuler ou culpabiliser son enfant. Être authentique et sincère, c’est aussi éviter les jugements, les critiques, pour rester sur un avis personnel et des faits sans interprétations. Enfin, pour éviter la culpabiisation et pour renforcer l’adolescent sur son chemin, on peut lui répéter qu’il est libre (jusqu’à un certain point) et responsable. Et l’assurer de notre amour, ou de notre soutien ou de notre confiance.
Et de manière générale, dans toutes nos relations, il est important de donner et de recevoir des « feed back ». Justement pour se sentir en lien, pour se sentir accueilli et sentir la présence de l’autre.

Exercice 3 :

le troisième exercice est issu de l’éducation positive. Il consiste à construire notre discours avec des tournures positives plutôt que négatives.
Le positif et le négatif, ici, ne sont pas vus comme des élémenst de morale comportementale. Mais ils indiquent juste, depuis quel point de vue on parle.
Schematiquement l’interdiction est négative, car elle utilise la négation. Ex: « Je ne veux pas que tu rentres après 22h ».
Le discours positif utilise une formule qui souligne le but, plus que l’interdit. Ex: « Je veux que tu sois à la maison avant 22h ».
« Tu dois aller en cours pour ne pas devenir un cancre » contre « Tu dois aller en cours pour te donner plus de chance de choisir ton avenir »
On remarque aussi que le discours « négatif » se focalise sur une peur « Plus tu sors, plus tu risques de devenir délinquant ».
Alors que le discours positif essaie de mettre en relief un but, une intention. « Si tu veux réussir tes étude, contrôle mieux le temps que tu passes à sortir ».
La formulation positive a un discours plus clair et met en valeur les objectifs. C’est plus direct et encourageant.
La psychologie positive invite bien sûr à prendre en compte les échecs, pour se réajuster et s’améliorer. Mais elle invite sutout à souligner les efforts, les avancées, les réussites. Globalement cela revient à prendre conscience de nos intentions et de nos buts. Et de choisir de mettre de l’énergie sur les actes qui vont nous rapprocher de nos objectifs. Et à l’inverse ne pas sur-valoriser les obstacles et les déceptions.

Conclusion

Notre monde a un grand besoin de communication vertueuse. Tous les adultes ne sont pas encore des modèles en la matière.
Mais la période de l’adolescence est une étape charnière idéale pour que parents et ados renforcent leur capacité à avoir une communication respectueuse.
Alors, parents et adolescents, entraînons-nous à pratiquer une communication respectueuse dans la vie de tous les jours.
C’est dans cette dynamique que nous pourrons construire des relations sociales, familiales, amicales et amoureuses épanouissantes et porteuses.

Quelques Ressources pour Aller Plus Loin

Livres :

« 

« Apprendre à se connaître pour mieux communiquer » de Thomas d’Ansembourg
Dans ce livre, l’auteur explore les bases de la communication non violente et propose des exercices concrets pour aider les lecteurs à mieux communiquer dans différents contexts, y compris avec les adolescents.
« La Communication NonViolente au quotidien » de Marshall Rosenberg
Ce guide pratique propose des exemples concrets et des conseils pour appliquer la CNV au quotidien, ce qui peut être très bénéfique pour les parents d’adolescents souhaitant instaurer un dialogue respectueux.
« Cessez d’être gentil, soyez vrai ! » de Thomas d’Ansembourg
Ce livre aborde la communication et la gestion des émotions de manière interactive et engageante, offrant des perspectives sur la CNV qui résonnent particulièrement chez les adolescents.

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